Solidarité financière et finances solidaires : le préfinancement des commandes pour un commerce équitable


L’objet de cet article est, à partir des pratiques de l’ensemble des acteurs des filières (banques, entreprises, consommateurs, etc), de mieux comprendre ce que défendent les acteurs se revendiquant du commerce équitable à travers la mise en oeuvre de pré financement, les modalités de sa mise en oeuvre et les progrès qui pourraient être réalisés. En ce sens, ce n'est pas la simple recherche d’une solution technique mais une réflexion sur quels sont les enjeux d’un préfinancement et sur comment traduire tout au long de la filière cette solidarité financière.

Dans leur ensemble, les organismes se revendiquant du commerce équitable préconisent, voir imposent, un préfinancement des commandes en amont pour que les producteurs aient l’argent nécessaire au lancement de leur saison d’exploitation (achat de matières premières, mise en terre, etc) sans avoir recours à des prêts usuriers, à un bradage de leur production ou à entamer les ressources destinées à leur subsistance

Dans les faits, les grossistes, tels les importateurs, préfinancent sur leurs fonds propres jusqu’à 50% de la commande plusieurs mois à l’avance. Ils doivent assumer seuls l’avance de trésorerie et le risque, ce qui représente un coût financier souvent dissuasif pour ces entreprises.

Pourquoi les organismes financiers dont les banques ne jouent ils pas leur rôle de partenaires financiers vis à vis des entreprises pour un commerce équitable ? Quelles sont les contraintes qui les empêchent d’assurer ces avances de trésorerie ? Quelles peuvent être les natures d’alliances qui font basculer ou évoluer ces équilibres ?

Des initiatives sont prises pour pallier à cette problématique. La société de capital-risque solidaire Garrigue cherche à mettre en place des prêts relais reposant sur un partage de la garantie avec les collectivités publiques et la Fédération Européenne des Banques Ethiques et Alternatives (FEBEA). Plaine commune s’intéresse à savoir dans quelles mesures une collectivité locale pourrait se porter garante de prêt relais. En Italie, la Banca Etica propose des modalités de pré financement des commandes soit directement auprès des producteurs, soit via l’intermédiaire d’un importateur dans le cadre de ces activités classiques de prêts à court terme.

Dans la pratique, ces initiatives soulèvent un certain nombre de questions quant à leur mise en œuvre.

Il s’agit de bien analyser la nature du risque. S’agit il d’être solidaire des aléas liés à la production (aléas climatiques, avaries, etc) ? Par exemple, concernant les produits alimentaires, l’engagement de pré achat porte-t-il sur une quantité pré définie ou sur une saison de production comme cela se fait dans les associations de maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) ?

Ensuite, les critères de pré financement sont ils liés à la situation sociale, géographique ou sectorielle du producteur ? Ou bien relèvent- t-ils d’une démarche de droit commun, quelle que soit l’origine du producteur ? La question se pose d’autant plus que les problématiques de pré financement sont aussi partagées par des paysans ou des entreprises du Nord qui ont fait le choix d’une démarche non productiviste et se retrouvent, faute de trésorerie, forts dépendant des banques et de leurs fournisseurs. Dépendance qui peut parfois permettre à des fournisseurs d’imposer leurs conditions aux prix de graves conséquences écologiques et sociales (implantations d’OGM, travail au noir).

Enfin, qui assume cette solidarité financère ?

Que ce soit l’avance financière, le risque et le coût (intérêts, garantis), pourquoi est-ce seuls les grossistes qui devraient l’assumer ? La Charte de la PFCE fait explicitement référence à un engagement impératif des différents partenaires et FLO à un engagement des " traders " (ceux qui commercent) . Seul Max Havelaar semble réduire cet engagement aux importateurs et aux industriels. Pourquoi d’autres acteurs des filières ne s’associent-ils pas au pré financement ? Comme les boutiques ? Ou comme cela se fait de manière originale avec les consommateurs dans le cas des AMAP ? Et quid des milliers d’épargnants solidaires ? Et qui assume les pertes en cas de difficulté ?